Publié le 21 avril 2026

Un vestige du Moyen-Âge

Le manoir et la seigneurie de Veyrines existent depuis l’époque féodale. Cette maison joue un rôle crucial en pays bordelais durant la guerre franco-anglaise. De 1154 à 1453, l’Aquitaine est occupée par les Anglais, le roi d’Angleterre devenant aussi duc d’Aquitaine.

C’est le 26 août 1290 qu’Édouard Ier donne à Arnaud de Blanquefort, seigneur de Veyrines, l’autorisation de fortifier son manoir. Il est alors entouré de murs avec la tour comme porte-donjon d’entrée et ceinturé de fossés. L’ancien manoir devient ainsi une maison forte aménagée pour la défense du pays.

À la fin du XIVe ou au début du XVe siècle, la famille Montferrand, héritière de la propriété, fait aménager une chapelle au rez-de-chaussée décorée de fresques.

En 1526, la Jurade de Bordeaux se rend acquéreur de la tour. Au cours des décennies qui suivent, le château et les bâtiments annexes menacent ruines, sont réparés et restaurés à maintes reprises avant d’être définitivement démolis vers 1700. La tour échappe à la destruction car elle est l’un des jalons de la carte de Cassini. La ville de Bordeaux reste propriétaire de la tour jusqu’à la Révolution.

Extrait de la carte de Cassini, n°104, [XVIIIe siècle].
Archives communales de Mérignac, 2 Fi 57.

La tour est l’objet de nombreuses études historiques et archéologiques au XIXe siècle.

En 1866, l’abbé Papin plonge ses lecteurs dans le Moyen-Âge le plus sombre :

« Enfin, se dresse devant nous ce fier vestige féodal. Sa masse imposante, noire, couronnée de lierres et d’arbustes rabougris, défiant les siècles qui ont tant détruit autour d’elle, jette votre âme dans un certain saisissement, comme une apparition de l’autre monde. […] Vous rêvez sans doute de chevaliers bardés de fer, d’assauts et de brèches ; vous prêtez l’oreille aux récits des preux, aux légendes des vieux temps. Entendez même ces gémissements d’infortunées victimes d’un baron cruel, pendues aux machicoulis d’en haut ou se consumant au fond des oubliettes, loin d’une épouse et d’enfants adorés… »

Tous s’accordent sur l’état honteux dans lequel est laissée la tour. La chapelle sert de grange de foin !

La tour, répertoriée à l’inventaire des Monuments historiques en 1862, est classée monument historique en 1875.

À consulter sur le site des Archives départementales de la Gironde : dossier de la Commission des monuments historiques concernant la Tour de Veyrines (162 T 11, notice manuscrite de Durand, avec plan et relevés de peintures).

À consulter sur le site des Archives départementales de la Gironde : dossier de la Commission des monuments historiques concernant la Tour de Veyrines (162 T 38-A (1888-1926)).

Mérignac (Gironde). Ancienne tour de Veyrines sur les bords du Peugue.
[non identifié], 1908 (cachet postal).
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 230.

L’architecture de la porte-donjon

La tour de Veyrines, de 20 mètres de hauteur, sur une base carrée de 10 mètres de côté, s’élève sur 2 étages. Le toit moderne à deux pans a été construit pour protéger le monument des intempéries. Sur ses façades nord et sud, elle garde encore les traces d’anciens murs d’enceintes.

La façade sud de la tour de Veyrines.
Diapositive, [années 1980].
Archives communales de Mérignac, 15 Z 163.
Au rez-de-chaussée : des arrachements de moellons indiquent le départ des courtines (les murs d’enceinte de l’édifice).
Au premier étage : une porte d’accès en plein cintre s’ouvre à la hauteur de ce qui était le chemin de ronde (la saillie du sommet des courtines). À droite, une latrine dégradée avance légèrement en encorbellement sur la muraille.
Au deuxième étage : les traces d’une autre latrine très dégradée subsistent.

La façade nord de la tour de Veyrines.
Diapositive, [années 1980].
Archives communales de Mérignac, 15 Z 158.
Au rez-de-chaussée : des arrachements de moellons marquent le départ des courtines.
Au premier étage : la porte d’accès à linteau sur consoles n’existait pas à l’origine. De part et d’autre, au-dessous du seuil, apparaissent deux boulins (trous ménagés dans les murailles pour recevoir la tête de poutrelles horizontales destinées à supporter une charpente).
Au deuxième étage : une petite fenêtre.

La façade est de la tour de Veyrines. Diapositive, [années 1980]. Archives communales de Mérignac, 15 Z 157.
Au rez-de-chaussée : le couloir d’entrée est muré à ses deux extrémités et transformé en oratoire.

La façade ouest de la tour de Veyrines.
Diapositive, [années 1980].
Archives communales de Mérignac, 15 Z 163.
Au rez-de-chaussée : dans la muraille apparait l’ancienne porte ogivale murée d’un parpaing dans lequel avaient été ménagées une porte (actuelle entrée de l’oratoire) et une fenêtre au-dessus.
Au premier et deuxième étage : une petite fenêtre.

À l’intérieur, très dégradé, le rez-de-chaussée abrite un oratoire (pièce particulière consacrée à la prière personnelle) et un autel en pierre sous une voûte en berceau. Les parois et la voûte sont décorées de riches peintures murales représentant des scènes hagiographiques comme l’enfance, la passion et la gloire du Christ. Elles ont été effacées par les outrages du temps et des hommes (foin stocké, humidité, coups de fourches, graffitis, etc).

Aucun accès n’est possible aux étages par le rez-de-chaussée. Au premier étage, un escalier à vis permet d’accéder à l’étage supérieur et au sommet.

L’intérieur de la Tour de Veyrines. Diapositive (1982, 1988). Archives communales de Mérignac, 15 Z 163.
L’intérieur de la tour de Veyrines.
Diapositive, [années 1980].
Archives communales de Mérignac, 15 Z 163.
Les peintures murales de la Tour de Veyrines. Diapositive (1988, 1991). Archives communales de Mérignac, 15 Z 161.
Les peintures murales de la tour de Veyrines.
Diapositive,  [années 1980].
Archives communales de Mérignac, 15 Z 161.
Les peintures murales de la Tour de Veyrines. Diapositive (1988, 1991). Archives communales de Mérignac, 15 Z 161.
Les peintures murales de la tour de Veyrines.
Diapositive, [année 1980].
Archives communales de Mérignac, 15 Z 161.
Les peintures murales de la Tour de Veyrines. Diapositive (1988, 1991). Archives communales de Mérignac, 15 Z 163.
Les peintures murales de la tour de Veyrines.
Diapositive, [années 1980].
Archives communales de Mérignac, 15 Z 163.
Les carreaux de pavement de la Tour de Veyrines. Diapositive, 1988. Archives communales de Mérignac,15 Z 173.
Les carreaux de pavement de la tour de Veyrines.
Diapositive, 1988.
Archives communales de Mérignac,15 Z 173.
L’escalier à vis de la tour de Veyrines.
Diapositive, [années 1980].
Archives communales de Mérignac, 15 Z 158.