Publié le 27 mars 2026

Une nouvelle église pour la Ville au XIXᵉ siècle

Dès 1859, le conseil municipal décide la reconstruction de l’ancienne église paroissiale, devenue vétuste et insuffisante pour accueillir les plus de 4 000 paroissiens. Le choix de l’emplacement et de l’orientation suscite des débats. Finalement, un terrain situé au centre du Bourg, dans sa partie la plus élevée, est acquis le 7 avril 1862 auprès des propriétaires Barreyre, Maurin, Laumonier et Thierrée pour la somme de 22 000 francs.

Les travaux débutent à la fin de l’année 1867 et s’achèvent en 1876, d’après les plans de l’architecte Gustave Alaux (1816-1882). L’édifice, de style néo-gothique, oriente son chevet à l’ouest pour protéger l’entrée principale des vents dominants. Ses deux chapelles encadrent le chœur : celle au sud est dédiée à la Mère de Dieu et au nord à Saint-Jean-Baptiste.

La consécration intervient le 8 avril 1877, sous l’autorité du cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux. Une tribune est aménagée l’année suivante et accueille, en 1880, un orgue dit « romantique ».

Restauration de l’église Saint-Vincent.
Plan en élévation, Luc Gelis, [1979].
Archives communales de Mérignac, 8 Fi 2.

Les vitraux

Entre 1876 et 1887, vingt-sept grandes verrières sont réalisées par des artistes bordelais dont aucun patronyme n’a été retrouvé dans les fonds d’archives. Cependant, dans un contexte où les vitraux religieux étaient produits par les mêmes fabricants, nous pouvons supposer qu’ils sont la création des ateliers de Joseph Villiet ou de Henri Feur.

L’un des vitraux est dédié au père Alexis Pater (1802-1860), curé de la paroisse de 1839 à 1860 et aujourd’hui inhumé au cimetière communal. Seul vitrail à ne représenter aucun saint identifié, il figure un pèlerin médiéval, sous forme d’allégorie. Placé près de celui de Saint-Joseph, au-dessus de la porte latérale, il porte l’inscription déchiffrée par le père Ringeval : « A. PATER ancien curé de Mérignac ».

Vitraux de l'église Saint-Vincent.
Diapositive, couleur. Auteur inconnu, s.d.
Archives communales de Mérignac, 19 Fi 238.

Les vitraux subissent de nombreux dommages au fil du temps. En 1921, à la suite de l’explosion de l’usine de pyrotechnie Rollet-Burgalasse à Charlin le 8 décembre 1916, un devis est sollicité auprès du peintre verrier Dagrant qui conclut le marché.

En 1944, l’explosion de dépôts de munitions entraîne de nouveaux dégâts sur ces derniers ; une campagne de restauration est alors engagée à partir de 1949 par M. Labuzan, ancien élève de l’école des Beaux-Arts de Bordeaux et ancien maître ouvrier des établissements Dagrant.

L’orgue : un instrument indissociable de l’église

Un premier orgue de tribune est construit par Auguste Commaille (1839-1909). Le devis est établi en 1875 et l’instrument est inauguré le 26 septembre 1880.

Au milieu du XXᵉ siècle, l’orgue souffre de dégradations liées notamment aux bris de vitraux, à l’humidité et à l’usure. Des travaux importants sont engagés entre 1955 et 1957 par la maison Beuchet. L’instrument, désormais commandé électriquement et porté à 21 jeux, est inauguré le 17 mars 1957 par le compositeur et organiste Jean Grunewald.

Restauration de l'orgue de l'église Saint-Vincent.
Photographie, couleur. J. F. Gouardes, 1994.
Archives communales de Mérignac, 9 Fi 141.

L’orgue est de facture baroque germanique, unique en France par sa polychromie bleue et or. L’écusson central du buffet quant à lui, porte la devise « S D G – Soli Deo Gloria » (« À Dieu seul la gloire »).

Financé par la Ville avec le concours de l’État et du Conseil général de la Gironde, il est inauguré le 18 décembre 1994 par Marie-Claire Alain, lors d’un concert retransmis par Radio France.

Depuis cette date, l’organisation régulière de concerts et des leçons de musique confirment la place de l’église Saint-Vincent dans la vie culturelle locale.

Les sculptures d’Hugues Maurin

L’église est également ornée de trois œuvres sculptées d’Hugues Maurin (1925-2017). Elles représentent respectivement un Christ en croix monumental en bois et clous, une Vierge Marie et un poisson.

Le sculpteur Hugues Maurin, né à Tonneins (Lot-et-Garonne) est issu de la formation de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux. Il s’installe à Bordeaux à partir de 1955, participe à de nombreux projets artistiques et architecturaux, et devient artiste agréé de la Ville après un bas-relief en pierre composé de cinq plaques sculptées et réalisé pour le groupe scolaire Jean-Macé aux Ardillos (disparue aujourd’hui).

Sa contribution à l’église Saint-Vincent s’inscrit dans un parcours riche, qui le conduisit également à collaborer à la réalisation de l’église Notre-Dame-des-Flots à Lège-Cap-Ferret dont les plans ont été conçus par l’architecte mérignacais Michel Petuaud-Létang.

Des détériorations qui permettent le progrès moderne

Tout au long du XXe siècle, l’église connait plusieurs campagnes de restauration en raison de nombreux incidents qui l’endommagent au cours du temps. Ainsi, entre 1932 et 1936, des travaux de restauration sont effectués sur la maçonnerie, la ferronnerie ainsi que sur les vitraux du clocher. En 1934, le conseil municipal approuve la fourniture et la mise en place d’une horloge par la maison bordelaise Guignan & Cie. C’est seulement en 1937 que le maire Benjamin Saufrignon rappelle que l’autel, endommagé depuis, n’a toujours pas été reconstruit. La charge est alors confiée à l’architecte communal A. Larsonneur.

L’abside est également réaménagée entre 1937 et 1938. De nouveaux dégâts sont causés sur le clocher par la foudre cette fois-ci le 9 janvier 1938, et des réparations sont engagées sur la flèche et la tour, accompagnées de l’installation d’une prise de terre au paratonnerre. Les travaux sont réceptionnés en décembre 1938.

Travaux de l’église Saint-Vincent.
Photographie noir et blanc, CETAB, 1983.
Archives communales de Mérignac, 174 W 42.

Après la Seconde Guerre mondiale, des opérations de modernisation sont effectuées avec l’installation d’un chauffage au gaz dans la nef entre 1949 et 1950, et l’électrisation des cloches. En 1969, alors que la paroisse figure parmi les plus peuplées et les plus étendues du diocèse, des aménagements intérieurs deviennent également nécessaires.

Les travaux de fondations du parking souterrain de la place Charles-de-Gaulle ont entrainé la constatation en 1983 de nouvelles fissures dans le bâtiment et ont fragilisé les vitraux. La tempête du 27 décembre 1999 conduit alors définitivement à de nouvelles réparations sur la charpente et les voûtes.