Publié le 27 mars 2026

Le premier orgue du XIXe siècle

Un premier orgue de tribune de l’église Saint-Vincent est construit par Auguste Commaille (1839-1909), ancien apprenti chez Georges Wenner (1819-1872). Artisan reconnu, Auguste Commaille se distingue notamment en remportant la médaille d’argent à l’exposition de la Société philomathique de Bordeaux en 1882, puis la médaille d’or en 1895.

Le projet d’orgue est lancé par la commune de Mérignac dès 1875, année durant laquelle le devis de l’instrument est établi. Après plusieurs années de réalisation, l’orgue est inauguré le 26 septembre 1880. Son entretien est ensuite assuré par Auguste Commaille lui-même jusqu’en 1906, garantissant le bon fonctionnement de l’instrument pendant plus de vingt ans.

Les premières réparations

Les premières réparations importantes interviennent à partir de 1899. Toutefois, c’est au milieu du XXᵉ siècle que l’instrument connaît de véritables difficultés. Les dégradations s’accumulent : bris de vitraux, aux nuisances animales, humidité et usure du temps altèrent progressivement son fonctionnement.

Dans une lettre datée du 5 mai 1956, le curé de Mérignac, Jean Plagè (1896-1984), alerte la municipalité sur l’état préoccupant de l’orgue. Ayant pris ses fonctions depuis mars 1949, il souligne que malgré l’entretien régulier assuré auparavant par Monsieur Duprat, organiste de Notre-Dame de Bordeaux et facteur d’orgues, l’instrument présente des dysfonctionnements qui dépassent un simple problème d’accordage. Les dommages constatés nécessitent alors des réparations importantes.

Des travaux sont alors engagés entre 1956 et 1957 par la maison Beuchet. L’orgue est modernisé : la commande devient électrique et le nombre de jeux passe de 17 à 21. L’instrument restauré est inauguré le 17 mars 1957 par le compositeur et organiste Jean-Jacques Grunenwald (1911-1982).

Orgue de l’église Saint-Vincent.
Cliché attribué à Lucien Boisnier. Photographie noir et blanc, 1959.
Archives communales de Mérignac, Fonds Ernest et Lucien Boisnier, 7 Num 286.

Un nouvel orgue pour la Ville

Dans les années 1970, la municipalité engage une réflexion plus large autour du développement culturel de Mérignac. En mai 1975, le député-maire Michel Sainte-Marie décide une remise en état complète de l’orgue, comprenant notamment des travaux sur les transmissions et les sommiers, l’ajout de jeux et la suppression de la boiserie néogothique qui entourait les tuyaux.

Cependant, l’état de l’instrument continue de se dégrader. En 1983, Michel Sainte-Marie demande à Christiane Trieu-Colleney, organiste et professeure d’orgue au Conservatoire de la Ville, de constituer un dossier complet pour envisager la construction d’un nouvel orgue. Cette réflexion est menée avec Henri Faure, directeur du conseil d’administration de l’École de musique, et Jacques Barthélémy, son président.

Lors de la délibération du Conseil municipal du 24 mai 1991, Jacques Barthélémy, alors premier adjoint au maire délégué à la Culture, indique que l’orgue existant est en très mauvais état et que sa restauration est techniquement irréalisable. La Ville décide alors la construction d’un nouvel instrument, destiné à répondre à la fois aux besoins de la Paroisse et aux activités culturelles municipales.

Plan d’avant-projet de l’orgue de l’église Saint-Vincent.
Archives communales de Mérignac, 1 Z 46.

Un orgue d’une polychromie originale

Le 26 octobre 1989, le ministère de la Culture retient le principe du projet, à condition que la Ville consulte des facteurs d’orgues agréés par la Commission des orgues non classés.

Le 10 janvier 1990, une convention est signée entre la Ville et la Paroisse afin de permettre l’organisation de concerts et de leçons de musique dans l’église. Cette orientation s’inscrit dans une dynamique culturelle déjà engagée avec la création d’une classe d’orgue en 1977 au sein de l’École de musique de Mérignac.

La construction de l’instrument connaît cependant un épisode imprévu : en octobre 1992, les inondations de Vaison-la-Romaine, dans le Vaucluse, touchent l’un des ateliers du facteur d’orgues G. Guillemin. Pas moins de 145 tuyaux se retrouvent immergés dans deux mètres d’eau et de boue. Malgré cet incident, le projet aboutit grâce au financement de la Ville, avec le soutien de l’État et du Conseil général de la Gironde.

Restauration de l’orgue de l’église Saint-Vincent.
Photographie couleur, J-F Gouardes, 1994.
Archives communales de Mérignac, 9 Fi 90.

L’inauguration de l’orgue contemporain

L’instrument se distingue par sa facture baroque germanique et la rareté de sa polychromie bleue et or. L’écusson central du buffet quant à lui, porte la devise « S D G – Soli Deo Gloria » (« À Dieu seul la gloire »).

Le nouvel orgue est inauguré le 18 décembre 1994. Un concert donné par l’organiste Marie-Claire Alain, présentant son interprétation des œuvres de Jean-Sébastien Bach (1685-1750). L’événement est retransmis sur Radio France et rassemble de nombreuses personnalités, dont le cardinal Monseigneur Pierre Eyt, le maire Michel Sainte-Marie et Daniel Picotin, député, conseiller général de la Gironde et maire de Saint-Ciers-sur-Gironde (de 1989 à 2008).

Depuis cette date, l’organisation régulière de concerts et des leçons de musique confirme la place de l’église Saint-Vincent dans la vie culturelle locale.

Un instrument toujours d’actualité

En 2005 après dix mois de travaux, concernant d’importants réglages mécaniques et ajustements acoustiques ont été menés par le facteur d’orgue gersois Bernard Raupp ; une série de concerts est organisée pour célébrer les dix ans de l’instrument. Cet évènement est important pour l’histoire de la Paroisse grâce à la présence d’organistes d’envergure internationale : Olivier Vernet, organiste à l’église Saint-Louis de Vichy, Marie-Claire Alain, organiste à l’église de Saint-Germain-en-Laye et Daniel Matrone de l’église Saint-Louis-des-Français à Rome.

En septembre 2015, l’orgue fait de nouveau l’objet de travaux par Bernard Raupp à l’occasion du vingtième anniversaire de l’instrument. Un récital est alors donné le 17 septembre par Olivier Vernet, organiste de la cathédrale de Monaco.

Orgue de l’église Saint-Vincent.
Photographie couleur, Aurélien Marquot, mai 2009.
Archives communales de Mérignac, 902 W 23.

À l’occasion des trente ans de l’orgue et du centenaire de la naissance de Marie-Claire Alain, les membres du Conservatoire de Mérignac ont souhaité témoigner de leur relation avec cet instrument. Ils évoquent l’histoire des musiciens qui l’ont fait vivre et le travail mené au quotidien pour en faire perdurer la pratique. Ce texte vous est ainsi présenté par Pascal Copeaux, professeur d’orgue au Conservatoire de Musique de Mérignac depuis 1999.

Marie-Claire Alain

Marie-Claire ALAIN (1926-2013), surnommée « la grande Dame de l’orgue », a une carrière hors norme. Issue d’une famille de musiciens, pédagogue recherchée, concertiste internationale, on ne compte plus le nombre d’enregistrements discographiques, et les récompenses obtenues. Elle a été pionnière dans la découverte de tout un pan du répertoire de l’orgue et de son interprétation, notamment avec la collection l’Encyclopédie de l’orgue, parue chez Erato, et qui va faire l’objet d’une réédition en CD en avril 2026. Un grand coffret pour le centenaire de sa naissance est également en préparation pour la rentrée de septembre 2026.

Marie-Claire Alain est venue trois fois jouer l’orgue de Mérignac, montrant ainsi la qualité de l’instrument : 18/12/1994, 17/05/2001, et 23/06/2005.

Marie-Claire Alain. Orgue de l’église Saint-Vincent de Mérignac.
Photographie couleur, Pascal Copeaux. 23 juin 2005.
Collection particulière.

Vincent Warnier, organiste titulaire de l’église Saint-Etienne-du-Mont à Paris qui assurera le concert de ce jeudi 23 avril 2026, et moi-même, avons eu la chance d’être de ses élèves. Les liens d’amitiés qui nous lient tous montrent à quel point elle a su créer une famille musicale, qui perdure dans le temps. Il nous a semblé important, l’année où l’on fête le centenaire de sa naissance (10 août 1926), de lui rendre hommage à travers ce récital des 30 ans de l’orgue. Le programme a été élaboré en fonction de l’orgue, et de ses goûts.

Trois exemples d’organistes invités

Il est important de pourvoir faire découvrir de vraies personnalités musicales, couvrant les différentes tendances du monde de l’orgue. Chaque artiste est un univers en soit.

Daniel MATRONE (1948-2021)

Organiste titulaire de l’église Saint-Louis-des-Français à Rome. Elève de Marie-Claire ALAIN, il a été mon professeur d’orgue. Il est venu plusieurs fois jouer à Mérignac. Rares sont ceux qui parviennent à faire sonner avec une telle plénitude un orgue, avec des programmes très originaux. Musiques anciennes, romantiques, contemporaines, il programmait toujours quelques-unes de ses compositions, montrant toute la variété des possibilités de cet instrument. Il a enregistré en février 2006 un CD à Mérignac.

Restauration de l’orgue de l’église Saint-Vincent.
Photographie couleur, J-F Gouardes, 1994.
Archives communales de Mérignac, 9 Fi 123.

Olivier LATRY

Organiste titulaire de la Cathédrale de Paris.

Olivier Latry est venu deux fois à Mérignac. Jouant par cœur, d’une solidité technique redoutable, ce fut pour moi passionnant de le voir prendre contact avec l’orgue, de le tester, de le pousser dans ses limites, pour en tirer deux somptueux concerts.

Restauration de l’orgue de l’église Saint-Vincent.
Photographie couleur, J-F Gouardes, 1994.
Archives communales de Mérignac, 9 Fi 138.

Olivier VERNET

Organiste titulaire de la Cathédrale de Monaco.

Concertiste international, Olivier est venu quatre fois jouer ici. En possession d’une très riche discographie, il a commencé son intégrale des œuvres de J. S. Bach sur l’orgue de Mérignac. Nous avons eu une petite frayeur pour son concert le 12 mars 2020. L’arrivée du Covid nous a fait craindre l’annulation du concert. Finalement, c’est deux jours après que le confinement a démarré.

Orgue de l’église Saint-Vincent.
Photographie couleur, Aurélien Marquot, mai 2009.
Archives communales de Mérignac, 902 W 23.

Les concerts du marché et les récitals

Une des fonctions de l’orgue de Mérignac est l’enseignement. Nous avons la chance d’avoir une classe d’orgue au sein du Conservatoire de Musique, avec cette année 15 élèves. Ils participent à la vie culturelle en assurant deux concerts du Marché dans la saison, mais aussi lors des différentes sollicitations qui se présentent ailleurs. L’orgue n’est pas un instrument solitaire, et les autres classes du Conservatoire viennent renforcer ses belles sonorités. Trompettes, flûtes, accordéons, clarinettes, voix, l’orgue s’adapte à chaque situation, offrant au public un riche et varié répertoire.

Depuis 2005, j’assure la programmation des concerts à la demande de la Ville. Depuis la création des concerts, près de 70 organistes nationaux et internationaux se sont succédés aux claviers de l’orgue Guillemin – Raupp. Deux formules existent : les récitals du soir et les concerts du marché les premiers samedis du mois qui remportent toujours beaucoup de succès. Afin de promouvoir ce patrimoine exceptionnel, la Ville a fait le choix de la gratuité pour tous les concerts.

Orgue de l’église Saint-Vincent.
Photographie couleur, auteur inconnu, 1994.
Archives communales de Mérignac, 19 Fi 145.

La transmission aux nouvelles générations

L’orgue est un instrument mystérieux. Il est donc important de le rendre accessible sous la forme de visites organisées, pour des groupes d’adultes, mais aussi pour les scolaires. Une vingtaine de visites a permis de mieux comprendre son histoire, son fonctionnement, et de le rendre plus familier. Les élèves, qui vont des maternelles aux grandes classes, y participent activement. Je reçois régulièrement des petits comptes-rendus à la suite de ces visites, qui me montrent tout l’intérêt de cette formule. Eduquer est essentiel pour assurer l’avenir.

Orgue de l'église Saint-Vincent.
Pascal Copeaux, 2006.
Collection particulière.

Pascal Copeaux, professeur d’orgue au Conservatoire de Musique de Mérignac depuis 1999.