Considérés comme indésirables, les étrangers, principalement de nationalité espagnole, sont internés à Mérignac.

Les années 1930 sont marquées par une hausse de l’immigration en France alimentant un fort sentiment de xénophobie dans la population. Des étrangers arrivent pour raisons économiques (besoin de main d’œuvre) puis politiques : de nombreux réfugiés allemands, autrichiens et espagnols franchissent la frontière.

En 1936, le pays compte plus de 2 millions d’étrangers, placés sous haute surveillance. Le décret-loi de 1938 sur les « indésirables » achèvera de les catégoriser officiellement comme « suspects potentiels ».

Camp d’internement de Mérignac, 13 août 1942. Aquarelle couleur, Tort-Torres. Archives communales de Mérignac, 3 Fi 2.
Camp d’internement de Mérignac, 13 août 1942.
Aquarelle couleur, Tort-Torres.
Archives communales de Mérignac, 3 Fi 2.

José Tort Torres (1910-2000), artiste peintre espagnol, est interné à Mérignac. Après la guerre, il réalise de nombreuses oeuvres sur Bordeaux, notamment de la place de Mériadeck.
À la fin de sa vie, il habite Mérignac où il participe à la vie culturelle.

Le régime de Vichy signe le rétablissement des quotas d’étrangers pour protéger la main d’œuvre française. Les camps d’internement apparaissent comme une solution au chômage des étrangers.

À Beaudésert, de nombreuses nationalités alimentent la section des étrangers ; les Espagnols sont majoritaires.

Extrait d’une notice sur le camp d’internement de Mérignac détaillant les nationalités représentées dans la section des étrangers, 19 janvier 1942. Archives départementales de la Gironde, 103 W 5.
Extrait d’une notice sur le camp d’internement de Mérignac détaillant les nationalités représentées dans la section des étrangers, 19 janvier 1942.
Archives départementales de la Gironde, 103 W 5.

Certains internés mérignacais intègrent des Groupements de travailleurs étrangers (GTE). Les Allemands les mobilisent sur les chantiers de l’Organisation Todt*. Ils participent à construire les fortifications de la côte atlantique, dont la base sous-marine de Bordeaux.

* groupe de génie civil du IIIe Reich.
Liste d’internés espagnols ayant été remis aux autorités allemandes pour le compte de l’Organisation Todt, 18 novembre 1941. Archives départementales de la Gironde, 104 W 43.
Liste d’internés espagnols ayant été remis aux autorités allemandes pour le compte de l’Organisation Todt, 18 novembre 1941.
Archives départementales de la Gironde, 104 W 43.
Base sous-marine de Bordeaux en construction, 1942.Photographie N et B, Andres. Bundesarchiv (Allemagne), Bild 101II-MW-6689-09.
Base sous-marine de Bordeaux en construction, 1942.
Photographie N et B, Andres.
Bundesarchiv (Allemagne), Bild 101II-MW-6689-09.

 

De 1941 à 1943, près de 6 500 ouvriers français et étrangers, dont 3 000 espagnols, travaillent à la construction de la base sous-marine de Bordeaux.

 

Baraque des étrangers, décembre 1941.Photographie N et B, Studio Rolland Lhorme, Bordeaux. Archives départementales de la Gironde, 103 W 4.
Baraque des étrangers, décembre 1941.
Photographie N et B, Studio Rolland Lhorme, Bordeaux.
Archives départementales de la Gironde, 103 W 4.

 

État des Espagnols conduits au camp de Mérignac à la suite du sabotage de Pessac, [9 juin 1941]. Archives départementales de la Gironde, 104 W 43.
État des Espagnols conduits au camp de Mérignac à la suite du sabotage de Pessac, [9 juin 1941].
Archives départementales de la Gironde, 104 W 43.

Dans la nuit du 7 au 8 juin 1941, la Résistance sabote des transformateurs électriques à Pessac. Cet acte est suivi de nombreuses arrestations et d’internements à Mérignac. Parmi les prisonniers : 44 Espagnols résidant à Bègles, Talence et Pessac et des internés politiques, dont certains seront fusillés à Souge, le 24 octobre 1941.

Télégramme relatif à l’internement des ressortissants russes et individus en lien avec l’URSS, 30 juin 1941. Archives départementales de la Gironde, 104 W 44.
Télégramme relatif à l’internement des ressortissants russes et individus en lien avec l’URSS, 30 juin 1941.
Archives départementales de la Gironde, 104 W 44.

À la suite de l’invasion de l’URSS par l’Allemagne (juin 1941), l’internement des Russes et sympathisants soviétiques est ordonné : en Gironde, 200 sont arrêtés, conduits à Mérignac. Ils y rejoignent 142 communistes et les 50 « Espagnols rouges » arrêtés après le sabotage de Pessac.

Les Espagnols rouges à Mérignac

Proche de l’Espagne, la région bordelaise est une terre d’accueil pour les réfugiés : en 1936, au début de la guerre civile, et à partir de 1939, lors de l’exode des Républicains fuyant le régime franquiste (la Retirada). En Gironde, 2 926 Espagnols sont recensés, 250 pour la commune de Mérignac.

Étrangers, pour la plupart communistes, ils sont doublement suspects pour les autorités. Les « Espagnols rouges » – comme les nomme la préfecture – sont considérés comme dangereux pour la sécurité publique et internés.

Nombre d’entre eux s’engagent dans la Résistance et participent à la lutte contre l’armée allemande, à l’image de José Epita Mbomo.

Liste des sujets espagnols en résidence dans la commune de Mérignac connus pour leurs opinions extrémistes, 29 octobre 1941. Archives départementales de la Gironde, SC 482.
Liste des sujets espagnols en résidence dans la commune de Mérignac connus pour leurs opinions extrémistes, 29 octobre 1941.
Archives départementales de la Gironde, SC 482.
Carte de déporté résistant de José Epita Mbomo, 25 février 1954. Collection particulière.
Carte de déporté résistant de José Epita Mbomo, 25 février 1954.
Collection particulière.

Né en Guinée, ancienne colonie espagnole, cet employé de l’aéronautique fuit l’Espagne en 1939. Il s’installe à Mérignac avec sa famille et devient chef d’un réseau de résistance. Arrêté en 1944, il est emprisonné au fort du Hâ puis déporté au camp de Neuengamme, en Allemagne.

Il fait partie des rares survivants du naufrage du paquebot Cap Arcona, bombardé par l’aviation britannique dans la baie de Lübeck. Il est libéré en 1945.

Attestation de présentation en vue de se faire recenser, 19 décembre 1941. Archives départementales de la Gironde, 103 W 74.
Attestation de présentation en vue de se faire recenser, 19 décembre 1941.
Archives départementales de la Gironde, 103 W 74.

Domingo Perez, ressortissant espagnol, interné à Mérignac en août 1942, après s’être enfui d’un camp de l’organisation Todt.

Josépha Gomez-Perez, s.d. Photographie N et B, auteur inconnu. Archives départementales de la Gironde, 103 W 92.
Josépha Gomez-Perez, s.d.
Photographie N et B, auteur inconnu.
Archives départementales de la Gironde, 103 W 92.

Ressortissante espagnole, internée à Mérignac en vue de son expulsion dans son pays d’origine.