L’enfermement pèse sur le moral des internés. Pour éviter que l’ennui et le désœuvrement ne conduisent à des révoltes ou des évasions, la direction leur propose travail et activités. Une vie sociale s’organise dans l’enceinte du camp.

« Nous jouons aux cartes ou nous bavardons et quelquefois nous avons quelques corvées tel que cette après-midi nous avons épluché des carottes. »

Lettre de David Neponiatzi, 9 décembre 1942.
Mémorial de la Shoah, Paris (France), DLXXIV1-1a(53).

 

Travailler pour oublier

Il est possible de travailler dans le camp, contre rétribution. Une quarantaine d’hommes sont aussi employés à l’extérieur, sous la surveillance de gardes, par des entreprises manquant de main d’œuvre.

Derrière les barbelés, des ateliers s’organisent où les internés reprennent leurs outils et leurs métiers : forgeron, cordonnier, tailleur, coiffeur… L’atelier de menuiserie fournit les meubles du camp. Des enseignants dispensent des cours de français et d’histoire-géographie.

Note sur l’organisation du travail dans le camp, 21 juillet 1942. Archives départementales de la Gironde, 103 W 5.
Note sur l’organisation du travail dans le camp, 21 juillet 1942.
Archives départementales de la Gironde, 103 W 5.

S’occuper la tête et les mains

Au quotidien, les internés lisent, jouent aux cartes ou réalisent des travaux manuels. Une bibliothèque est installée et des internés donnent des conférences sur des personnages inspirants (des savants, écrivains, conquérants, saints…). Les Amis du camp de Mérignac montent une chorale, sous la direction de l’ancien chef d’orchestre de la Gaîté Lyrique et de l’Opéra-Comique.

Femmes internées en train de tricoter et de coudre devant une baraque, s.d. Photographie N et B, auteur inconnu. Archives départementales de la Gironde. Fonds Georges-Durou, 142 J 77.
Femmes internées en train de tricoter et de coudre devant une baraque, s.d.
Photographie N et B, auteur inconnu.
Archives départementales de la Gironde. Fonds Georges-Durou, 142 J 77.

Tous les matins, les moins de 30 ans doivent participer à une séance de culture physique obligatoire. En avril 1941, un terrain de basket-ball est aménagé, mais les internés finissent par renoncer à la pratique de ce sport, en raison de l’usure de leurs chaussures.

Note sur l’obligation de la culture physique, 21 juillet 1942. Archives départementales de la Gironde, 103 W 5.
Note sur l’obligation de la culture physique, 21 juillet 1942.
Archives départementales de la Gironde, 103 W 5.

« Je vous envoie mes meilleurs vœux de Noël. Ici nous les avons passés gaiement, malgré notre internement, ce qui nous a fait oublier pendant quelques moments nos misères. »

Lettre de David Neponiatzi, 25 décembre 1942.
Mémorial de la Shoah, Paris (France), DLXXIV1-1a(72).

 

Les fêtes traditionnelles, comme Noël, sont célébrées. Le curé de Mérignac officie les dimanches et jours fériés, d’abord dans le réfectoire de la section des étrangers, puis dans la chapelle aménagée en mai 1943.

Le Grand rabbin est autorisé à visiter les internés une fois par semaine.

 

Sonia Steinsapir, une dessinatrice au camp

Sonia Steinsapir ou Chteinsapir (1912-1980), juive de nationalité soviétique, était élève de l’École nationale des Beaux-Arts de Paris. Elle est arrêtée le 11 juillet 1941 alors qu’elle tente de passer la ligne de démarcation à Langon.

Internée à Mérignac, elle réalise trois lithographies représentant des internés qu’elle essaie d’envoyer à son ancien professeur, René Jaudon. Les trois plaques lithographiques sont saisies : aux yeux du directeur du camp, elles présentent un caractère tendancieux et pourraient servir de propagande subversive. Cet incident fait l’objet d’une enquête, à l’issue de laquelle Sonia Steinsapir a l’interdiction d’exécuter ce type de dessins.

Elle est transférée au camp de la route de Limoges, à Poitiers. Elle s’en évade le 1er janvier 1942 et rejoint Paris où elle se cache jusqu’à la fin de la guerre.

Camp de Mérignac Beaudésert, [1941]. Estampe, Sonia Steinsapir, dessinatrice. Droits réservés. Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), 1980.82.12. Photo RMN-Grand Palais (MuCEM), Gérard Blot.
Camp de Mérignac Beaudésert, [1941].
Estampe, Sonia Steinsapir, dessinatrice.
Droits réservés. Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), 1980.82.12. Photo RMN-Grand Palais (MuCEM), Gérard Blot.