Publié le 27 mars 2026

Un travail organisé et physique

La lavandière est avant tout une femme qui lave le linge à la main dans un cours d’eau ou dans un lavoir. Travaillant agenouillée et penchée sur une planche inclinée, elle savonne le linge, le tord pour faire pénétrer le savon, puis le frappe à l’aide d’un battoir ou le brosse avant de le rincer. Ce travail s’effectue ainsi à l’extérieur, dans une eau froide sans tenir compte de la rudesse des saisons.

Contrairement à une idée répandue, le lavoir n’est pas toujours le lieu principal du lavage. En effet, il sert principalement à rincer le linge, dernière étape avant le séchage. Une fois rincé et battu, celui-ci, encore alourdi par l’eau, est transporté jusqu’aux prés, où il est étendu sur l’herbe, les haies ou des cordes pour sécher au soleil.

Appelée jusqu’au début du XXe siècle « la buée », la lessive était organisée de façon commune. Ainsi, une à trois fois par an était organisée les « grandes buées » qui était dédiées aux périodes où tous les habitants d’un même village ou quartier lavaient entièrement leurs linges et notamment leurs grands draps. Plus les familles étaient aisées, plus le volume de linge était important, étalant ainsi ces grandes lessives collectives sur plusieurs jours et les rendant d’autant plus rares et éprouvantes.

Bordeaux, Blanchisseuses de Mérignac.
Carte postale en noir et blanc, 1825.
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 2.

Mérignac et ses lavandières

Au début du XIXᵉ siècle, Mérignac se distingue par l’importance de ces métiers féminins. Environ 63 % des Mérignacaises actives travaillent alors comme savonneuses ou blanchisseuses, en 1876, plus de 1 000 femmes exercent encore cette activité.

La commune dispose alors d’une trentaine de lavoirs aménagés le long de la Devèze, destinés à répondre aux besoins des habitants de Mérignac mais surtout à ceux, plus nombreux et plus aisés, de Bordeaux. De nombreuses blanchisseuses vivaient dans le quartier de La Glacière, où les noms de certaines rues rappellent cette activité comme la rue des Lavoirs.
Ces femmes prennent ainsi en charge le linge sale des grandes familles bordelaises, récupéré à Bordeaux puis acheminé jusqu’à Mérignac pour y être lavé.

Les lavoirs, lieux de travail et de sociabilité

Chaque village possédait autrefois son lavoir, situé près d’une source, d’une fontaine ou le long d’une rivière. Certains étaient couverts afin d’abriter les lavandières. Au-delà de leur fonction utilitaire, les lavoirs sont aussi des lieux de communication : on y échange des nouvelles et des informations, à une époque où tous les foyers ne disposent pas de la radio.

Un exemple emblématique subsiste avenue de la Marne, au lieu-dit L’Allemagne, aujourd’hui quartier de la Glacière. Ce lavoir appartient à la même famille depuis 1882. En 1909, plusieurs lavoirs de source existent sur la parcelle, dont les eaux se déversent toutes dans la Devèze.

Mérignac. Lavoir du Pont-des-Dames.
Carte postale en noir et blanc, [1909].
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 1.

L’hygiénisme et ses conséquences sur l’activité

Face au nombre important de lavoirs, la commune de Mérignac met en place un règlement dès le 20 juillet 1884 afin de préserver la santé publique. La vidange quotidienne devient obligatoire, le déversement des eaux savonneuses dans les fossés, sur les routes ou chez autrui est interdit, tout comme la création de courants détournant les eaux des cours d’eau. Les lavoirs doivent être fermés une fois la quantité d’eau nécessaire reçue, et toute nouvelle installation est soumise à une autorisation.

À partir des années 1950, l’installation de l’eau courante chez les particuliers et l’apparition des machines à laver entraînent l’abandon progressif de ce métier. Les femmes doivent cesser leur activité, et les lavoirs, devenus inutiles, disparaissent peu à peu du paysage mérignacais.

Pour aller plus loin:

Venez découvrir une réappropriation artistique et numérique des lavandières et des archives de la Ville, proposée par la nouvelle exposition des Archives communales de Mérignac en partenariat avec le collectif Sliders_Lab à la Médiathèque Michel-Sainte-Marie.

1, 2, 3 Soleil : exposition d’archives interactive

du 07 avril au 25 juillet 2026

Médiathèque Michel-Sainte-Marie

19, Place Charles de Gaulle