ToponymIA, 2026
Installation interactive sonore
Ordinateur PC, capteur Kinect, haut-parleurs, projection, carré tracé au sol
Dimensions variables

Lorsque le spectateur entre dans le carré tracé au sol, sa présence déclenche l’apparition, sur l’écran de projection, de fragments cartographiques de Mérignac issus de différentes époques (1844, 1937, 1965). Un toponyme inscrit en rouge vient pointer un lieu et constitue les premiers mots d’un poème, énoncé par une voix de synthèse.

 

Écrits avec l’aide d’une intelligence artificielle, chaque poème adopte le style d’un poète différent. Ces textes fonctionnent comme des embrayeurs sensibles, suggérant des ambiances, des odeurs et des couleurs pour réanimer des sites parfois effacés ou transformés. À mesure que les cartes se succèdent, les noms deviennent des seuils : ils convoquent des usages, des histoires locales, des disparitions, et laissent affleurer ce que les tracés ne disent pas. En mettant en friction la précision cartographique et la dérive poétique, ToponymIA invite à habiter la ville autrement, entre repérage et réminiscence. La carte n’est plus seulement un outil d’orientation, mais un déclencheur de mémoire et d’imaginaire.

 

Archives sélectionnées pour l’installation :

Le processus artistique du collectif SLIDERS_lab

Vous trouverez ci-dessous les poèmes présentés dans l’exposition, ainsi qu’un aperçu des coulisses de leur création à travers les prompts élaborés par les artistes.

Le prompt désigne l’ensemble des instructions adressées à une intelligence artificielle pour orienter la génération de sa réponse. Aujourd’hui, sa rédaction relève d’un véritable travail d’écriture, qui nécessite une précision indispensable afin d’obtenir un résultat au plus proche de l’intention initiale.

Arlac

Forges et fonderies d’Aquitaine. Usines de Beauséjour à Mérignac.
Carte postale, [1920].
Archives communales de Mérignac, 13 Fi 71.

Impasse Beauséjour, le train strie l’horizon,

la forge en battements fracasse l’ombre dense,

et la fonderie érige un brûlant bastion

où s’enfante un métal promis à la vitesse.

 

Prompt : Une strophe en alexandrin futuriste dans le style de Luciano Folgore qui commence par : impasse Beauséjour.
Lac du Tondu. 21, rue Aristide-Briand, ancien chemin d’Arlac.
Carte postale,
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 193.

Chemin du Haut-Tondu, le lac tremble,

la barque grince comme une dent,

des filles passent, pleines de feu,

et l’air s’ouvre d’un cri brut.

 

Prompt : Une strophe en vers libre surréaliste de quatre lignes et quatre mouvements dans le style d’Antonin Artaud qui commence par : Chemin du Haut-Tondu dans lequel il est question d’un lac, de barque et de filles.
Verreries de Carmaux à Arlac.
Carte postale, [1930].
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 185.

Rue du Moulin, le Peugue étire son silence,

Sous le vieux pont vibrant de rumeurs endormies,

La verrerie y jette un éclat qui balance,

Et le jour s’y consume en perles infinies.

 

Prompt : Un quatrain avec des rimes croisées (ABAB) de dix pieds qui mettent en avant la nature, la paix dans le style de Saint-John Perse et qui commence par : Rue du Moulin avec : Peugue, pont, verrerie
Luchey.
Carte postale, [1910].
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 201.

Chemin du Luchey, Masson attend près du stand de tir, la main glacée sur la portière du taxi.

Le moteur tousse, un cri s’étouffe — la nuit, elle, ne dit rien.

 

Prompt : Deux vers libres qui mettent en avant le meurtre dans le style de Edgar Allan Poe et qui commence par : chemin du Luchey avec : Masson, stand de tir, taxi.
Rue Marcel.
Photographie N et B. Auteur inconnu, [1960].
Archives communales de Mérignac, 15 Fi 106.

Rue Marcel, la verrerie halète, ventre incandescent, femme de feu et de sable.

À Carmaux, le noir, le jaune, l’extra claire s’unissent — orgasme du verre en fusion.

 

Prompt : Deux vers libres qui mettent en avant la production de bouteilles en verre dans le style de Valentine de Saint-Point et qui commence par : rue Marcel avec : la verrerie, Carmaux, noir, jaune, extra claire.

Rue Chanzy, Nigoul vend le monde en palettes et en promesses.
Dans le quartier, les ouvriers rient sans dents, le ventre contre les murs.

 

Prompt : Deux vers libres qui mettent en avant la critique du commerce en gros dans le style de Bertolt Brecht et qui commence par : rue Chanzy avec : Nigoul, quartier.

Beaudésert

L’îlot des « dangereux », isolé par des barbelés, décembre 1941. Photographie N et B, Studio Rolland Lhorme, Bordeaux. Archives départementales de la Gironde, 103 W 4.
L’îlot des « dangereux », isolé par des barbelés, décembre 1941.
Photographie N et B, Studio Rolland Lhorme, Bordeaux.
Archives départementales de la Gironde, 103 W 4.

Rue de Beaudésert, la honte a pris racine,

Sous les barbelés morts, la terre bat — divine.

 

Prompt : Une strophe en quatrain lyrique matérialiste de deux lignes et deux mouvements dans un style choc de Louis Aragon qui commence par : rue de Beaudésert dans lequel il est question d’un camp de prisonnier.
Route de l’aérogare.
Photographie N et B. Auteur inconnu, 29 mai 1958.
Archives communales de Mérignac, 143 W 93.

Route de l’Aérogare, le ruban d’asphalte s’étire comme une langue noire qui lèche l’azur jusqu’à la brûlure.

La route hurle, vaste serpent mécanique, avalant le ciel dans son ventre sans fin.

 

Prompt : Deux vers libres en prose dans le style futuriste de la poésie de Lautréamont qui commence par : route de l’Aérogare avec les termes : route, asphalte, ruban, azur.
Boîtes aux lettres du bidonville.
Photographie N et B. Rick-Fot Richard Chatagneau, [1965].
Archives communales de Mérignac, 15 Fi 457.

Chemin du Phare, la lumière ne descend jamais jusqu’au bidonville, où les tôles grincent comme des consciences rouillées.

La caravane passe, lente, chargée d’ombres et de faim, vers un horizon qui n’a plus de promesse.

 

Prompt : Deux vers libres en prose dans le style social et politique de la poésie de Jules Vallès qui commence par : chemin du Phare avec les termes : bidonville, caravane.
Centre aéré de Marchegay.
Photographie N et B. Photographie Burdin, [1971].
Archives communales de Mérignac, 15 Fi 320.

Passe de Marchegay, l’arc en ciel respire à peine, il s’efface dans l’air humide du soir.

Sous ses couleurs fanées, je cherche une parole que le monde a perdue.

 

Prompt : Deux vers en prose de douze pieds dans le style de la poésie de Louise Glück qui commence par : passe de Marchegay avec arc en ciel.
Usines Dassault.
Photographie aérienne N et B. Auteur inconnu, 31 décembre 1955.
Archives communales de Mérignac, 1 Num 46/3.

Avenue Georges-Barrès, s’élancent de grands oiseaux,

Mystère, Falcon, Mirage aux vols sans repos,

Le ciel se plisse, ivre de leurs passages,

Et l’homme y grave un rêve en plein nuage.

 

Prompt : Un quatrain avec des vers de huit pieds et des rimes plates (AABB) qui mettent en avant l’aviation dans le style de Guillaume Apollinaire et qui commence par : avenue Georges-Barrès et qui puise son imaginaire dans la description : Falcon, Mystère, Mirage.

Avenue du Val-d’Or, j’y perdis ma jeunesse,
Avenue du Val-d’Or, j’y bus vin et douleur,
Avenue du Val-d’Or, j’y laissai ma tendresse,
Et nul vent n’y rendra l’éclat de mon malheur.

 

Prompt : Un quatrain en alexandrin avec une répétition dans le style de la poésie de François Villon qui commence par : avenue du Val-d’Or.

Passe de Bellevue, l’air s’enroule autour des hélices, les nerfs vibrent, la chair devient aile, métal et cri.
Le biplan fend le temps, et l’homme, suspendu, se change en trajectoire.

 

Prompt : Deux vers libres en prose dans le style de la poésie de Paolo Buzzi qui commence par : Passe de Bellevue et qui parle de transformations : hélice, aile volante, biplan.

Passe des Tuileries, j’écoute
Tuile tuile, le vent s’enroue,
Rue qui râle, voix qui se joue,
Passe des Tuileries, sans doute.

 

Prompt : Un quatrain en vers de huit pieds, avec des rimes riches, une disposition des rimes embrassées (ABBA), des répétitions dans le style de la poésie sonore qui commence par : passe des Tuileries.

Chemin de la Grange Noire où la magie se tord,
les ganipotes surgissent, spectres sans loi ni figure,
leurs corps informes se penchent sur l’homme mort,
et leur repas de chair embrase l’ombre obscure.

 

Prompt : Une strophe de quatre vers, une disposition des rimes entrecroisées (ABAB), dans le style de Charles Baudelaire qui commence par : chemin de la Grange Noire, qui parle de sorcellerie, et dans laquelle des créatures malfaisantes et sans formes, les ganipotes, viennent partager leur repas fait de chair humaine.

Chemin d’Hestigeac, monticules et cicatrices, la terre dévisagée parle en blocs muets.

Les sablières mâchent la lumière — un monde s’effrite dans le bruit des pelles.

 

Prompt : Deux vers libres qui mettent en avant l’idée d’exploitation des gravières et des sablières dans le style de Paul Dermée et qui commence par : chemin d’Hestigeac et qui puise son imaginaire dans la description : monticule, terre, dévisagée.

Beutre

Vue générale de Beutre.
Carte postale, [1920].
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 293.

Chemin de Beutre, où gémit la lande immense,

Le sable vole aux sabots du cheval fou,

Chaque étape enflamme une espérance,

Et la mer gronde au loin son appel vers nous.

 

Prompt : Un quatrain de vers de dix pieds avec rimes croisées (ABAB) et rimes pauvres qui mettent en avant dans un style épique le voyage et la mer dans le style de Victor Hugo et qui commence par : chemin de Beutre et qui puise son imaginaire dans la description : sable, lande, étape, cheval.
Beutre. Route de Bordeaux à Arès.
Carte postale, [1920].
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 286.

Avenue de l’Argonne, les forêts soufflent le réglisse et l’anis, haleine des dieux anciens.

L’Argo s’y dresse encore, navire d’ombre, prêt à fendre la brume des songes.

 

Prompt : Trois vers libres qui mettent en avant un lieu où les forêts sentent le réglisse et l’anis dans le style de Homère et qui commence par : avenue de l’Argonne et qui puise son imaginaire dans la description : Argo, argonaute, Médée.
Base aérienne 106.
Carte postale, [1950].
Archives communales de Mérignac, 1 Num 22/136.

Passe Bernard — le monde crisse, se tord, s’arrache en éclats de plâtre et de verre.

Les ferrailles hurlent, les plastiques fondent — l’univers sue sa fin dans la poussière.

 

Prompt : Deux vers libres qui mettent en avant l’idée d’un monde qui se désagrège dans le style de Vladimir Maïakovski et qui commence par : passe Bernard et qui puise son imaginaire dans la description : plâtre, bois, cartons, plastiques, métaux, ferraille, gravats, bétons, verre.

Chemin de la Procession, les nonnes égarées trébuchent dans la lumière fauve,
leurs paniers éventrés déversent des roses sur les croix fendues du ciel.

 

Prompt : Deux vers libres en alexandrin dans un style épique dans le style de la poésie de Blaise Cendras qui commence par : chemin de la procession et qui font des références nonnes égarées, à des paniers pleins de pétales de roses renversés, à des croix brisées.

Chemin de la Princesse, où s’étend la verdure,
Les chênes vénérables y dressent leur sommeil,
Et dans Tartifume, au loin, luit le soleil,
Coulée verte d’espoir, paisible et pure.

 

Prompt : Quatrain de douze pieds en rimes embrassées (ABBA) qui mettent en avant l’idée de coulée verte et de paysage dans le style d’Alphonse de Lamartine et qui commence par : chemin de la Princesse et qui puise son imaginaire dans la description : prairies de Tartifume, allée de chênes.

Chemin du Merle, la route fume entre les champs,
les vaches me regardent comme si j’étais la pluie.

 

Prompt : Deux vers libres dans le style de la poésie de Allen Ginsberg qui commence par : chemin du Merle et qui font à la route, les champs, les vaches.

Chemin de la Poudrière, les feux jaillissent comme des veines ouvertes, battements rouges dans la gorge du ciel.
Chaque explosion déchire le temps, et l’air, haletant, respire des éclats de lumière métallique.

 

Prompt : Deux vers libres en prose dans le style de la poésie de Paolo Buzzi qui commence par : chemin de la poudrière et qui parle de feux d’artifices et de guerre.

Bourranville

Vue aérienne du Parc de la Vie au Grand Air, au Jard.
Carte postale, [1930].
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 177.

Chemin du Jard, sur la piste de la vie au grand air,

Le cœur bat au centre du monde, chronomètre vivant.

Je sens dans le muscle la mémoire des saisons.

 

Prompt : Deux vers libres qui mettent en avant souffle, énergie, vitesse dans le style de Jacques Darras qui commencent par Chemin du Jard et qui parlent de sport, de vie au grand air.

Capeyron

Avenue du Bédat.
Photographie N et B. Auteur inconnu, [1950].
Archives communales de Mérignac, 15 Fi 128.

Chemin du Bédat —

le feu bat.

(— bat — bat —)

dans la poussière du soir.

On saute —

flamme —

on rit —

flamme —

on crie —

flamme —

Prompt : Six vers libres qui mettent en avant le merveilleux d’une soirée festive de la Saint-Jean dans le style de Philippe Jaccottet et qui utilisent : feu, saut, flamme, joie, étincelle.
Avenue du Truc.
Photographie N et B. Auteur inconnu, [1959].
Archives communales de Mérignac, 15 Fi 132.

Chemin du Truc —

une dune, ça bouge,

ça fait son truc de sable,

Sonnaille, ding, le bélier pilote le troupeau.

Langue d’oc ? oui, dans la bouche, un truc qui respire encore.

 

Prompt : Quatre vers libres qui mettent en avant la langue d’oc et les différents sens du mot truc dans le style de Olivier Cadiot qui commencent par Chemin du Truc et qui parlent d’une dune, d’un coup, une action habile, la sonnaille que porte habituellement le bélier conducteur du troupeau.

Avenue du Château d’Eau, la nuit colle aux faubourgs,
Le noir tient dans les mains comme un reste de cendre,
Mais déjà sous les pas frémit un jour trop lourd,
Et la liberté vient, qu’aucun mur ne peut prendre.

 

Prompt : Une strophe en quatrain lyrique matérialiste de quatre lignes et quatre mouvements dans le style de Jules Vallès qui commence par : Avenue du Château d’eau dans lequel il est question de la couleur noire et de la libération.

Avenue du Chut, le silence circule dans l’air tiède.
Un insecte numérique bourdonne près d’une flaque où se reflète un ciel défragmenté.
Rien ne bouge, pourtant tout calcule.

 

Prompt : Une strophe en prose hexadécimale surréaliste de quatre lignes et quatre mouvements dans le style de Jacques Prévert qui commence par : Avenue du Chut d’eau dans lequel il est question de silence et de Robinson.

Chemin de Magudas, l’homme nu se repose,
La forêt l’enveloppe en son vert tremblement,
Sous la pierre jaune où sommeillent les choses,
Les fossiles du temps rêvent silencieusement.

 

Prompt : Un quatrain dans le style contemplatif de la poésie de Pierre de Ronsard qui commence par : chemin de Magudas et qui compose avec : l’homme nu, la forêt, les fossiles, la pierre jaune.

Chemin du Cap-Roux, la nappe éclate, jaillit,
Un geyser clair déchire l’ombre et la nuit.
Sous les sables, un secret s’ouvre au grand partage,
Et l’eau parle au ciel d’un profond héritage.

 

Prompt : Un quatrain en vers de dix pieds et en rime plate (AABB) qui mettent en avant l’idée de nappe phréatique dans le style de Ossip Mandelstam et qui commence par : chemin du Cap-Roux et qui puise son imaginaire dans la description : geyser, jaillir, partage.

Chemin du Plot — la parole plotte, grelotte, décolle en éclats de bouches brouillées.
Chemin du Plot — je trébuche en moi-même, je bégaie le monde qui m’avale et me recrache en vrilles.

 

Prompt : Deux vers libres de Ghérasim Luca langage en dérapage permanent, où la libre association devient pulsion sonore qui commence par chemin du Plot.

Centre-ville

Vue aérienne des cités des Ardillos, de l’Yser et Parc-Ouest.
Carte postale, [1960].
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 330.

Chemin du Logey, entre Pichey et Pouchon, le vent glisse, vieux compagnon des arbres.

Le grand parc écoute, patient, la respiration du jour qui s’éloigne.

 

Prompt : Deux vers libres de douze pieds qui mettent en avant le grand parc de Mérignac dans le style de W. S. Merwin et qui commence par : chemin du Logey avec : Pichey et Pouchon.
Le moulin du château du Parc.
Carte postale, [1910].
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 83.

Rue de la Devèze, où pleure la ruine,

Le vieux moulin soupire au bord du pont,

L’eau fuit, emportant mes rêves sans nom,

Vers le Château d’Espagne où mon cœur s’incline.

 

Prompt : Un quatrain avec des rimes embrassées (ABBA) suffisante de dix pieds qui mettent en avant la rivière dans le style d’Alphonse de Lamartine et qui commence par : rue de la Devèze avec : ruine, Château d’Espagne, moulin et pont.
Mérignac. Lavoir du Pont-des-Dames.
Carte postale en noir et blanc, [1909].
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 1.

Rue du Pont-de-Madame, un cri sans résonance,

Se perd dans les murs froids, blessés de violence.

L’exclusion rôde, lente, au détour des trottoirs,

Et la drogue endort les âmes, sans espoir.

 

Prompt : Deux vers libres qui mettent en avant la pauvreté dans le style de Thierry Metz et qui commence par : rue du Pont-de-Madame avec : l’exclusion, la violence, la drogue.
Repas des anciens du quartier de Beauregard devant le bar aux Deux-Chênes, Chez André.
Photographie. Studio Boisnier, [1950].
Archives communales de Mérignac. Fonds Ernest et Lucien Boisnier, 7 Num 494.

Rue du Croustet, le bar des Deux-Chênes déborde, les rires glissent sur les tables mouillées.
Le cinéma ferme, mais la danse continue, obstinée, dans la lumière sale du matin.

 

Prompt : Deux vers en prose libre dans le style matérialiste et social de la poésie de Pierre Reverdy qui commence par : rue du Croustet avec : bar des Deux-Chênes, cinéma, danse.

Rue du Renard, je plonge dans la prairie humide, chaque goutte d’eau est une planète vivante.
Les amphibiens s’y promènent comme des rois gluants, les abeilles orbitent autour du verger-soleil.

 

Prompt : Deux vers libres qui mettent en avant un voyage dans une prairie humide comme une vue au microscope dans le style de Robert Queneau et qui commence par : rue du Renard et qui puise son imaginaire dans la description : amphibiens, abeilles, verger.

Chemin-Long

Mirepin.
Carte postale, [1910].
Archives communales de Mérignac, 1 Num 30/90.

Chemin de Mirepin, vaste et doux carrefour,

Où les fruits éclatants embaument le jour lourd,

Chaque denrée s’y mêle, humble et polyglotte,

Sous le rire du ciel chargé de camelote.

 

Prompt : Un quatrain avec des rimes plates (AABB) de dix pieds qui mettent en avant la notion d’abondance dans le style de Joachim du Bellay et qui commence par : chemin de Mirepin avec : carrefour, fruits, denrée, camelote.

Avenue de Garic, le ciel chavire,

Monsieur Colon se mêle aux prés tremblants,

dans les vignes un dieu semble lui dire,

et vers les vergers s’ouvrent les instants.

 

Prompt : Une strophe de quatre vers de dix pieds, avec des rimes riches, une disposition des rimes entrecroisées (ABAB), dans le style de Paul Verlaine qui commence par : avenue de Garic et dans lequel Monsieur Colon dans un élan panthéiste se couche dans les près, les vignes, les vergers.

Chemin de Pouchon, la nicotine dort sur mes lèvres,
et la langue s’y grise d’arômes solaires.

 

Prompt : Deux vers libres dans le style de la poésie de Théocrite qui commence par : rue de Pouchon et qui font référence à la nicotine, à. des arômes, à la bouche, aux lèvres, à la langue.

Avenue du Rouquet, roquet rocke, roque, grogne, rugit.
Les voyelles s’y frottent, s’y fondent, font feu.
Rok, rak, ruk — la rue racle, recrache, résonne.

 

Prompt : Quatre vers en prose libre qui mettent en avant la poésie expérimentale de Velimir Khlebnikov avec des sonorités qui se répondent en écho et qui commence par : avenue du Rouquet avec : roquet, rock. Le poème ne se finit pas sur l’image : mot.

Rue des Ontines, le ruisseau pur s’éclaire,
Sous un dais frémissant de feuillage et de vent,
La nature y sourit, tranquille et solitaire,
Et le ciel s’y repose en son miroir mouvant.

 

Prompt : Un quatrain avec des rimes croisées (ABAB) de dix pieds qui mettent en avant la nature, la paix dans le style d’André Chénier et qui commence par : rue des Ontines avec : ruisseau, nature, sauvage.

Chemin de Peyandreau, les vieilles prairies frémissent sous l’assaut des chantiers en marche,
les bosquets tombent, happés par l’ardeur neuve des façades, des parkings, des arches,
et la plaine devient un flot vibrant où montent enseignes, foules et marches,
Mérignac-Soleil surgit, vaste cœur marchand battant son rythme aux portes de la ville.

 

Prompt : Une strophe de trois vers dans le style d’Émile Verhaeren qui commence par : chemin de Peyandreau, qui s’inspire de la naissance du Centre commercial Carrefour, qui deviendra Mérignac-Soleil, la plus grande surface marchande du Sud-Ouest. Les prairies et les bosquets proches de Peyandreau et de Chemin-Long sont transformés en une vaste surface aux multiples enseignes commerciales, créant une des plus importantes plates-formes commerciales de la région, par le nombre et la variété des magasins, l’ensemble étant terminé en 1989 ; il sera dénommé le « périmarket mérignacais ».

Allée de Kaolack, la France a semé ses ombres dans la poussière du Sénégal.
Royaume de Saloum, ton sol brûle encore des pas de ceux qu’on disait civiliser.

 

Prompt : Deux vers libres qui critique la France colonial et l’Afrique dans le style de Aimé Césaire et qui commence par : allée de Kaolack et qui puise son imaginaire dans la description : Sénégal, Royaume de Saloum.

La Glacière

Château de Foncastel. Les ruines. Carte postale, 1913. Archives communales de Mérignac, 14 Fi 62.

Avenue Demeulin, la Mémoire y sommeille,

Sous les ors du portail son souffle est retenu,

Le Temps, vêtu de pierre, y polit son oreille,

Et parle aux vieux moulins des siècles disparus.

 

Prompt : Une strophe de quatre vers régulier décasyllabique avec une allégorie dans le style de Gérard de Nerval qui commence par : avenue Demeulin et qui puise son inspiration dans la description suivante : Ancienne maison de campagne des archevêques de bordeaux du 16e siècle à la Révolution ; actuelle demeure édifiée dans la 2e moitié du 18e siècle ; vendue comme bien national de 1ère origine ; devint résidence d’été d’une famille de banquiers bordelais, l’un d’entre eux fit édifier au 19e le portail d’entrée du domaine, dans lequel furent inclus des vestiges 14e et 15e siècles de la décoration sculptée du cloître de la cathédrale de bordeaux alors en démolition ; fontaine du 17e siècle déplacée après inventaire ; dans le parc deux colonnes de l’ancien dais de la cathédrale.
Entrée du cours d’Ornano.
Carte postale, [1910].
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 192.

Chemin Dupuch — piété qui pulse, pousse, pénètre,

l’Évêque d’Alger avance, avalé par la clarté,

les rayons du soleil cinglent, ciselant la pierre,

et l’émir Abd el-Kader se lève, latent, dans la mémoire brûlée.

 

Prompt : Une strophe en vers blanc avec allitération / assonance dans le style de la poésie sonore d’Aimé Césaire qui commence par : chemin Dupuch et qui prend des éléments dans : la piété, l’évêque d’Alger, les rayons du soleil, l’émir Abd-El-Kader.
Vue aérienne de la résidence Les Tourelles.
Carte postale, 1976.
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 347.

Rue de Charlin, brillent les tourelles fières,

Les travailleurs rentrent au soir apaisé,

Sous leurs pas lents le jour s’est écrasé,

Et le repos descend des hautes pierres.

 

Prompt : Un quatrain de dix pieds en rimes embrassées (ABBA) qui mettent en avant les tours d’habitation dans le style d’Alexandre Pouchkine et qui commence par : rue de Charlin avec : les tourelles, les travailleurs, le repos.
Le virage de Labatut, avenue de la Marne.
Photographie N et B. Studio Boisnier, [1953].
Archives communales de Mérignac, 15 Fi 138

Rue de la Marne, la voiture ricoche, éclair liquide sur l’asphalte vibrant.

L’avion plonge, cri d’acier dans le ciel — Amérique ! ton nom pulse dans chaque moteur.

 

Prompt : Deux vers libres qui mettent en avant voies rapides et l’Amérique dans le style de Luciano Folgore et qui commence par : rue de la Marne et qui puise son imaginaire dans la description : voiture, avion, modernité.

Rue des Trois Étoiles, la bicyclette vole entre deux musiques.
Le bal s’étire, les ombres valsent avec les parfums.

Le croque-mort, ébloui, s’invente un cœur qui bat encore.

 

Prompt : Trois vers libres qui mettent en avant la fête dans le quartier de Bourdillot dans le style de Robert Desnos et qui commence par : rue des trois étoiles avec : bicyclette, bal et croque-mort.

Le Burck

Château du Burck.
Carte postale, [1910].
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 205.

Chemin du Burck, l’héliotrope incline au désir,

L’iris brûle d’orgueil sous la fièvre du jour,

Les pensées font offrande au sel de ton souvenir,

Et le géranium saigne encore d’un ancien amour.

 

Prompt : Une strophe en alexandrin lyrique matérialiste de quatre lignes et quatre mouvements dans le style de Catulle qui commence par : Chemin du Burck dans lequel il est question de fleurs : Héliotrope, Iris, Pensées, Géranium

 

Les Eyquems

Vue aérienne de la Tour de Veyrines.
Carte postale, s.d.
Archives communales de Mérignac, 13 Fi 123.

Rue de Veyrines voit la tour d’antan encor,

où sont peints Christ, Apôtres et anges en chœur lié,

musiciens d’air et d’or sur la muraille pliée,

seul seuil d’un vieux château que le temps mit à mort.

 

Prompt : Une strophe de quatre vers, une disposition des rimes embrassées (ABBA), dans le style de Rutebeuf qui commence par : rue de Veyrines et dans lequel une tour carrée sert d’entrée à un château depuis détruit. La tour présente des peintures murales illustrant la vie du Christ, entouré de ses Apôtres et d’anges musiciens.
Chemin des Eyquems aux Eyquems.
Carte postale, [1910].
Archives communales de Mérignac. Collection particulière, 1 Num 30/37.

Chemin des Eyquems, galope Meyrinhac,

Son rire fend l’azur, clair comme une lame,

Il court au jeu, au vin, à l’aube qui claque,

Et prend la vie pour amante et pour flamme.

 

Prompt : Un quatrain en décasyllabe dans le style de la poésie de Juan Ruiz qui commence par : chemin des Eyquems et qui font référence à un seigneur de « Meyrinhac ».