Publié le 14 octobre 2025
Aux origines : du domaine viticole à l’idée d’un chemin de fer de ceinture

Le domaine de Bourran et son morcellement

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les terrains dépendent du domaine de Bourran. En 1830, le domaine est la propriété de Monsieur Martel, négociant en vin, puis de Monsieur Marcotte de Quivières alors sous-préfet de la Gironde. L’ensemble est principalement couvert de vignes, s’étend sur environ 80 hectares dont 45 hectares consacrés à la viticulture. En 1865, le domaine est acquis par la famille Piganeau-Ravesies. À la mort de Léopold Piganeau en 1898 et à la suite de la faillite de la banque familiale l’année suivante, sa veuve Marie Ravesies fonde la Société civile particulière de Bourran.

Confrontés à des difficultés financières, les héritiers vendent progressivement, entre 1908 et 1910, le château puis les terres qui reviennent à la Société Anonyme de Construction de Bourranville. Cette société est fondée en avril 1908 dans le but de lotir le domaine, amorçant ainsi la transformation du secteur.

École de Guyenne. Mérignac (Gironde).
Les vendanges, carte postale, non identifié, [1910].
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 131.

Un projet ferroviaire discuté

Dès 1886, le conseil municipal de Caudéran, alors encore une commune à part entière jusqu’en 1965, débat d’un projet de chemin de fer de ceinture reliant les lignes du Midi et du Médoc. Jugée trop contraignante pour la commune, l’idée échoue. Mérignac, en revanche, soutient activement le projet en 1899 et en 1910, voyant dans cette liaison un atout économique.

Le conseil municipal donne un avis favorable le 31 octobre 1911 sur le projet de chemin de fer de ceinture. L’avenue d’accès à la gare se fera alors par une voie du lotissement de Bourranville à condition qu’elle devienne une voie publique et après sa viabilisation. Le Conseil municipal s’engage à entretenir cette voie.

Délibération du Conseil municipal de Mérignac, 31 octobre 1911.
Archives communales de Mérignac, 1 D 11.
La construction et la mise en service de la ligne

De l’enquête publique aux premiers trains

En 1911, une enquête publique et des enquêtes parcellaires lancent concrètement l’opération, malgré les protestations des propriétaires. Les travaux débutent en 1914 et avancent rapidement malgré, ou grâce à la guerre.
Le 10 novembre 1917, la ligne est mise en exploitation restreinte pour les trains militaires. À Mérignac, l’armée américaine construit même une voie jusqu’à Beaudésert pour desservir un hôpital temporaire.
Le 14 mars 1921, le premier train de voyageurs circule entre la gare du Midi (Saint-Jean) et la gare Saint-Louis (Ravezies), officialisant l’ouverture au trafic public.

L. Bringer. Chantier de préparation des poteaux à bois.
Carte postale, [1930].
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 195.

La gare de Caudéran-Mérignac

Située sur le territoire de Bordeaux mais en limite immédiate de Mérignac, la gare devient le point central du secteur.

Elle connaît des rénovations en 1991, puis une mobilisation municipale en 2017 contre la fermeture des guichets. Malgré cela, elle ferme au 1er janvier 2018.
En 2025, elle renaît sous la forme d’un pôle d’échanges multimodal (PEM), intégré au projet de RER métropolitain.

Caudéran. Mérignac.
La gare du chemin de fer de ceinture. Carte postale, 1935.
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 302.

Un pôle industriel en plein essor

L’arrivée du rail attire ainsi des entreprises à proximité immédiate de la gare, permettant un développement économique et industriel significatif du territoire.

  • Établissements Bringer (Le Poteau Moderne). Installée en 1917, l’entreprise est spécialisée dans les poteaux en bois et les traverses de chemin de fer. Elle est desservie par un embranchement ferroviaire permettant d’acheminer plus facilement et rapidement les marchandises. Elle est productive jusqu’à la fin des années 1960.
  • Établissements Joyaux Aîné & Cie. L’Émaillerie est fondée en 1920-1921 par la SA Émaillerie Moderne, puis rachetée en 1929 par la SARL Joyaux et Cie. Spécialisée dans la galvanisation et l’émaillerie, elle se développe jusqu’en 1962. Elle emploie de nombreux ouvriers et développe une cité ouvrière. L’activité prend fin et l’entreprise ferme en 1977, laissant place à la résidence Brantôme.
L. Bringer. Vue générale du chantier d’injection.
Carte postale, [1930].
Archives communales de Mérignac, 14 Fi 194.
  • Société Chimique et Routière de la Gironde (SCREG). Implantée en 1958 à l’angle des avenues du Président-Wilson et de Bourranville, elle est l’héritière d’une fabrique de dérivés du goudron créée dès 1906 par la famille Humarau.
  • D’autres entreprises étaient également implantées comme Lamire & Fils (travaux publics, dès 1905), Pérusat (serrurerie d’art), ou encore Bordeaux Bois Services (installée en 1989).

Ces industries structurent alors chacune à leur façon le paysage économique et social, favorisant par leur activité l’installation de logements ouvriers et de lotissements.

Une urbanisation rapide après le déclin et le départ des industries

L’urbanisation rapide entraîne la création d’écoles (maternelles de Bourran et Clos Montesquieu), d’un centre socio-culturel  (CL2V), d’une agence postale, d’un centre commercial et d’espaces verts.

À partir des années 1970, le trafic de marchandises décline fortement. La fermeture progressive des usines libère de vastes emprises foncières, reconverties en logements collectifs ou résidences de standing.

Cette mutation s’accompagne d’une transformation complète du paysage urbain : des usines et ateliers ne subsistent que quelques noms de rues (Émaillerie, Émile-Joyaux, Auguste-Lamire).

Le développement urbain et social de Bourranville

  • Lotissement de Bourranville : De 1902 à 1911, le terrain connaît d’importants travaux d’aménagement par la Société de travaux public A.-Lamire & Fils, qui acquiert la moitié des terrains du domaine de Bourran situés au Nord de l’actuelle avenue de Verdun. En 1919, après la Première Guerre mondiale, les premières rues du quartier sont dénommées (Président-Wilson, Georges-V, Albert-Ier).
  • Lotissement de l’Étoile (1928).
  • Clair Logis (1959-1960) : Cet ensemble comprenait 150 logements HLM.
Plan du lotissement de Bourranville, [années 1930].
Archives communales de Mérignac, 1 T 17.
  • Cité Galvani (1955) : Ces logements étaient destinés aux ouvriers de l’usine Joyaux et aux employés du journal Sud-Ouest. Ce nom semble avoir été choisi en référence à l’histoire du quartier, évoquant la galvanisation, une technique dont le nom provient de Luigi Galvani (1737-1798).
  • Clos Montesquieu (1974) : Il est l’issue d’une vaste opération HLM de 546 logements, dont 206 sur Mérignac, par l’Office Public de l’Habitat à Loyer Modéré (OPHLM) de la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB). L’architecte Claude Balick imagine alors des bâtiments comprenant, dès ses premières phases de conception, un projet de centre commercial et d’équipements collectifs destinés à dynamiser le quartier.

En un siècle, la ligne de ceinture et la gare de Caudéran-Mérignac ont façonné l’histoire de Mérignac et de Bordeaux-Caudéran. De l’élan industriel du début du XXe siècle à la reconversion résidentielle des années 1970, jusqu’au retour actuel du rail avec le projet du RER, elles illustrent la capacité d’un territoire à se transformer en fonction des usages et des besoins collectifs.

Les journées d’études proposées par Bordeaux-Métropole permettent de redonner vie à cette mémoire ferroviaire, au croisement des enjeux historiques, urbains et patrimoniaux.

Pour aller plus loin

16-17 octobre 2025  Trains en ville. Héritages ferroviaires et projets urbains, Bordeaux Métropole

16 octobre 2025  – 14h  Trafics, influences, désamour et intérêts : La vie mouvementée de la gare de Caudéran-Mérignac

Présenté par : Céline Delahaye, Archives communales de Mérignac et Florian Grollimund, service architecture et patrimoine urbain en projet, Bordeaux Métropole.

Consulter le programme.

Carte des patrimoines, Bordeaux Métropole.