Accueil 1, 2, 3 soleil ! : exposition d’archives interactive
Lorsque le spectateur entre dans le carré tracé au sol, sa présence déclenche l’apparition, sur l’écran de projection, de fragments cartographiques de Mérignac issus de différentes époques (1844, 1937, 1965). Un toponyme inscrit en rouge vient pointer un lieu et constitue les premiers mots d’un poème, énoncé par une voix de synthèse.
Écrits avec l’aide d’une intelligence artificielle, chaque poème adopte le style d’un poète différent. Ces textes fonctionnent comme des embrayeurs sensibles, suggérant des ambiances, des odeurs et des couleurs pour réanimer des sites parfois effacés ou transformés. À mesure que les cartes se succèdent, les noms deviennent des seuils : ils convoquent des usages, des histoires locales, des disparitions, et laissent affleurer ce que les tracés ne disent pas. En mettant en friction la précision cartographique et la dérive poétique, ToponymIA invite à habiter la ville autrement, entre repérage et réminiscence. La carte n’est plus seulement un outil d’orientation, mais un déclencheur de mémoire et d’imaginaire.
Vous trouverez ci-dessous les poèmes présentés dans l’exposition, ainsi qu’un aperçu des coulisses de leur création à travers les prompts élaborés par les artistes.
Le prompt désigne l’ensemble des instructions adressées à une intelligence artificielle pour orienter la génération de sa réponse. Aujourd’hui, sa rédaction relève d’un véritable travail d’écriture, qui nécessite une précision indispensable afin d’obtenir un résultat au plus proche de l’intention initiale.
Impasse Beauséjour, le train strie l’horizon,
la forge en battements fracasse l’ombre dense,
et la fonderie érige un brûlant bastion
où s’enfante un métal promis à la vitesse.
Chemin du Haut-Tondu, le lac tremble,
la barque grince comme une dent,
des filles passent, pleines de feu,
et l’air s’ouvre d’un cri brut.
Rue du Moulin, le Peugue étire son silence,
Sous le vieux pont vibrant de rumeurs endormies,
La verrerie y jette un éclat qui balance,
Et le jour s’y consume en perles infinies.
Chemin du Luchey, Masson attend près du stand de tir, la main glacée sur la portière du taxi.
Le moteur tousse, un cri s’étouffe — la nuit, elle, ne dit rien.
Rue Marcel, la verrerie halète, ventre incandescent, femme de feu et de sable.
À Carmaux, le noir, le jaune, l’extra claire s’unissent — orgasme du verre en fusion.
Rue Chanzy, Nigoul vend le monde en palettes et en promesses.
Dans le quartier, les ouvriers rient sans dents, le ventre contre les murs.
Rue de Beaudésert, la honte a pris racine,
Sous les barbelés morts, la terre bat — divine.
Route de l’Aérogare, le ruban d’asphalte s’étire comme une langue noire qui lèche l’azur jusqu’à la brûlure.
La route hurle, vaste serpent mécanique, avalant le ciel dans son ventre sans fin.
Chemin du Phare, la lumière ne descend jamais jusqu’au bidonville, où les tôles grincent comme des consciences rouillées.
La caravane passe, lente, chargée d’ombres et de faim, vers un horizon qui n’a plus de promesse.
Passe de Marchegay, l’arc en ciel respire à peine, il s’efface dans l’air humide du soir.
Sous ses couleurs fanées, je cherche une parole que le monde a perdue.
Avenue Georges-Barrès, s’élancent de grands oiseaux,
Mystère, Falcon, Mirage aux vols sans repos,
Le ciel se plisse, ivre de leurs passages,
Et l’homme y grave un rêve en plein nuage.
Avenue du Val-d’Or, j’y perdis ma jeunesse,
Avenue du Val-d’Or, j’y bus vin et douleur,
Avenue du Val-d’Or, j’y laissai ma tendresse,
Et nul vent n’y rendra l’éclat de mon malheur.
Passe de Bellevue, l’air s’enroule autour des hélices, les nerfs vibrent, la chair devient aile, métal et cri.
Le biplan fend le temps, et l’homme, suspendu, se change en trajectoire.
Passe des Tuileries, j’écoute
Tuile tuile, le vent s’enroue,
Rue qui râle, voix qui se joue,
Passe des Tuileries, sans doute.
Chemin de la Grange Noire où la magie se tord,
les ganipotes surgissent, spectres sans loi ni figure,
leurs corps informes se penchent sur l’homme mort,
et leur repas de chair embrase l’ombre obscure.
Chemin d’Hestigeac, monticules et cicatrices, la terre dévisagée parle en blocs muets.
Les sablières mâchent la lumière — un monde s’effrite dans le bruit des pelles.
Chemin de Beutre, où gémit la lande immense,
Le sable vole aux sabots du cheval fou,
Chaque étape enflamme une espérance,
Et la mer gronde au loin son appel vers nous.
Avenue de l’Argonne, les forêts soufflent le réglisse et l’anis, haleine des dieux anciens.
L’Argo s’y dresse encore, navire d’ombre, prêt à fendre la brume des songes.
Passe Bernard — le monde crisse, se tord, s’arrache en éclats de plâtre et de verre.
Les ferrailles hurlent, les plastiques fondent — l’univers sue sa fin dans la poussière.
Chemin de la Procession, les nonnes égarées trébuchent dans la lumière fauve,
leurs paniers éventrés déversent des roses sur les croix fendues du ciel.
Chemin de la Princesse, où s’étend la verdure,
Les chênes vénérables y dressent leur sommeil,
Et dans Tartifume, au loin, luit le soleil,
Coulée verte d’espoir, paisible et pure.
Chemin du Merle, la route fume entre les champs,
les vaches me regardent comme si j’étais la pluie.
Chemin de la Poudrière, les feux jaillissent comme des veines ouvertes, battements rouges dans la gorge du ciel.
Chaque explosion déchire le temps, et l’air, haletant, respire des éclats de lumière métallique.
Chemin du Jard, sur la piste de la vie au grand air,
Le cœur bat au centre du monde, chronomètre vivant.
Je sens dans le muscle la mémoire des saisons.
Chemin du Bédat —
le feu bat.
(— bat — bat —)
dans la poussière du soir.
On saute —
flamme —
on rit —
flamme —
on crie —
flamme —
Chemin du Truc —
une dune, ça bouge,
ça fait son truc de sable,
Sonnaille, ding, le bélier pilote le troupeau.
Langue d’oc ? oui, dans la bouche, un truc qui respire encore.
Avenue du Château d’Eau, la nuit colle aux faubourgs,
Le noir tient dans les mains comme un reste de cendre,
Mais déjà sous les pas frémit un jour trop lourd,
Et la liberté vient, qu’aucun mur ne peut prendre.
Avenue du Chut, le silence circule dans l’air tiède.
Un insecte numérique bourdonne près d’une flaque où se reflète un ciel défragmenté.
Rien ne bouge, pourtant tout calcule.
Chemin de Magudas, l’homme nu se repose,
La forêt l’enveloppe en son vert tremblement,
Sous la pierre jaune où sommeillent les choses,
Les fossiles du temps rêvent silencieusement.
Chemin du Cap-Roux, la nappe éclate, jaillit,
Un geyser clair déchire l’ombre et la nuit.
Sous les sables, un secret s’ouvre au grand partage,
Et l’eau parle au ciel d’un profond héritage.
Chemin du Plot — la parole plotte, grelotte, décolle en éclats de bouches brouillées.
Chemin du Plot — je trébuche en moi-même, je bégaie le monde qui m’avale et me recrache en vrilles.
Chemin du Logey, entre Pichey et Pouchon, le vent glisse, vieux compagnon des arbres.
Le grand parc écoute, patient, la respiration du jour qui s’éloigne.
Rue de la Devèze, où pleure la ruine,
Le vieux moulin soupire au bord du pont,
L’eau fuit, emportant mes rêves sans nom,
Vers le Château d’Espagne où mon cœur s’incline.
Rue du Pont-de-Madame, un cri sans résonance,
Se perd dans les murs froids, blessés de violence.
L’exclusion rôde, lente, au détour des trottoirs,
Et la drogue endort les âmes, sans espoir.
Rue du Croustet, le bar des Deux-Chênes déborde, les rires glissent sur les tables mouillées.
Le cinéma ferme, mais la danse continue, obstinée, dans la lumière sale du matin.
Rue du Renard, je plonge dans la prairie humide, chaque goutte d’eau est une planète vivante.
Les amphibiens s’y promènent comme des rois gluants, les abeilles orbitent autour du verger-soleil.
Chemin de Mirepin, vaste et doux carrefour,
Où les fruits éclatants embaument le jour lourd,
Chaque denrée s’y mêle, humble et polyglotte,
Sous le rire du ciel chargé de camelote.
Avenue de Garic, le ciel chavire,
Monsieur Colon se mêle aux prés tremblants,
dans les vignes un dieu semble lui dire,
et vers les vergers s’ouvrent les instants.
Chemin de Pouchon, la nicotine dort sur mes lèvres,
et la langue s’y grise d’arômes solaires.
Avenue du Rouquet, roquet rocke, roque, grogne, rugit.
Les voyelles s’y frottent, s’y fondent, font feu.
Rok, rak, ruk — la rue racle, recrache, résonne.
Rue des Ontines, le ruisseau pur s’éclaire,
Sous un dais frémissant de feuillage et de vent,
La nature y sourit, tranquille et solitaire,
Et le ciel s’y repose en son miroir mouvant.
Chemin de Peyandreau, les vieilles prairies frémissent sous l’assaut des chantiers en marche,
les bosquets tombent, happés par l’ardeur neuve des façades, des parkings, des arches,
et la plaine devient un flot vibrant où montent enseignes, foules et marches,
Mérignac-Soleil surgit, vaste cœur marchand battant son rythme aux portes de la ville.
Allée de Kaolack, la France a semé ses ombres dans la poussière du Sénégal.
Royaume de Saloum, ton sol brûle encore des pas de ceux qu’on disait civiliser.
Avenue Demeulin, la Mémoire y sommeille,
Sous les ors du portail son souffle est retenu,
Le Temps, vêtu de pierre, y polit son oreille,
Et parle aux vieux moulins des siècles disparus.
Chemin Dupuch — piété qui pulse, pousse, pénètre,
l’Évêque d’Alger avance, avalé par la clarté,
les rayons du soleil cinglent, ciselant la pierre,
et l’émir Abd el-Kader se lève, latent, dans la mémoire brûlée.
Rue de Charlin, brillent les tourelles fières,
Les travailleurs rentrent au soir apaisé,
Sous leurs pas lents le jour s’est écrasé,
Et le repos descend des hautes pierres.
Rue de la Marne, la voiture ricoche, éclair liquide sur l’asphalte vibrant.
L’avion plonge, cri d’acier dans le ciel — Amérique ! ton nom pulse dans chaque moteur.
Rue des Trois Étoiles, la bicyclette vole entre deux musiques.
Le bal s’étire, les ombres valsent avec les parfums.
Le croque-mort, ébloui, s’invente un cœur qui bat encore.
Chemin du Burck, l’héliotrope incline au désir,
L’iris brûle d’orgueil sous la fièvre du jour,
Les pensées font offrande au sel de ton souvenir,
Et le géranium saigne encore d’un ancien amour.
Rue de Veyrines voit la tour d’antan encor,
où sont peints Christ, Apôtres et anges en chœur lié,
musiciens d’air et d’or sur la muraille pliée,
seul seuil d’un vieux château que le temps mit à mort.
Chemin des Eyquems, galope Meyrinhac,
Son rire fend l’azur, clair comme une lame,
Il court au jeu, au vin, à l’aube qui claque,
Et prend la vie pour amante et pour flamme.